• Nord-Pas-de-Calais

    Nord-Pas-de-Calais par Anthony Le Bourlier
    Nord-Pas-de-Calais © Anthony Le Bourlier

    S’il est une région en France qui peut avoir envie de laisser éclater sa joie de vivre à travers ses fêtes et ses carnavals, ou d'être fière d’accueillir aujourd’hui quelques-uns des plus beaux musées de France, c’est bien la région Nord-Pas-de-Calais. Elle qui a connu toutes les guerres et tous les exodes, toutes les famines et tous les envahisseurs, toutes les restructurations et remises en question.
    Et, comble de l’injustice, le Nord - Pas-de-Calais est, en plus, victime des clichés. Images déformées aussi par l’inconscient collectif. Images rouillées de ruines industrielles, de ports battus par des vents forts et de villes noyées dans les brumes.
    Images réductrices parce que le Nord - Pas-de-Calais, c’est aussi et surtout les moulins qui accueillent des quatre bras sur les monts des Flandres, les fortifications de Vauban autour de canaux de lumière où dorment des carpes sans âge. Le Nord-Pas-de-Calais, c’est encore les beffrois du Moyen Âge qui carillonnent les heures. Les bocages de l’Artois. Les cathédrales ; le sable le plus fin qui soit le long des grèves et des dunes de Malo et de la Côte d’Opale, l’émeraude des champs de houblon et l’or des blés qui ondulent dans les vagues longues d’une lambada flamande. Lille et ses rues plus âgées qu’elle. Les falaises du cap Gris-Nez et du cap Blanc-Nez où la mer caresse ou se fracasse. C’est l’Avesnois qui sent la Normandie, la Fagne qui sent la Suisse. Arras et son beffroi, et ses arcades. Saint-Omer et ses marais. Calais et ses bourgeois. Bavay la Romaine, et les fraudeurs de Bray-Dunes, et Jean Valjean à Montreuil. Et jusqu’à Douai au beffroi ou Cambrai la tolérante, qui accepte tout, même les bêtises.

    Culture et traditions Nord-Pas-de-Calais

    Braderies

    S'il y a une chose qui « signe » l'identité du Nord, c'est bien les braderies. Rendez-vous incontournable de la vie sociale et économique, de leurs origines à nos jours, elles sont toujours aussi vivaces.

    Petite histoire des braderies

    La braderie est souvent liée à la ducasse (fête foraine) ou à une fête de la bière ici, à une fête du houblon là. La braderie tient du vide-grenier et de la foire à l’encan.

    Au Moyen Âge (enfin, c'est ce que raconte la tradition orale), la domesticité avait obtenu l'autorisation, une fois l'an, de vendre les vieux vêtements et autres objets usagés de leurs maîtres. À l'époque, cette braderie s'appelait la « franche foire », car ni l'État ni la commune n'imposaient la recette ou le droit de place.

    Les braderies prirent de l'ampleur au fil des siècles. Aujourd'hui, celle de Lille connaît un succès qui étonne. Les sociologues parlent du « besoin de se retrouver ensemble », dans un monde où les rapports sociaux passent de plus en plus par les machines (portables, Internet, TV...).
    On vide les greniers, on sort tout le saint-frusquin, on déballe le fourbi, on expose le capharnaüm. De quoi étonner un marchand de souk arabe ! Et tout est étalé pour être vendu sur les trottoirs des villes et des bourgs. On vend n’importe quoi. On discute ! On boit. On mange.

    Voir la plus grande, la braderie de LiIlle.

    Estaminets

    C’étaient les lieux des contrats paysans, qui ne dédisaient pas de peur d’être cochon, et des embauches ouvrières. Des contrats qui liaient les gens par la parole et par les sous. Contrats laïcs mais sacrés. Il y avait d’autres heures et d’autres jours pour les sacrements religieux. Estaminet rural.

    Dans les villes et les bourgs ouvriers, l’estaminet était plutôt la chapelle de gauche. Dans ces temps de labeur long et de paternalisme fort, un ouvrier viré n’avait pratiquement aucune chance de retrouver de l’ouvrage. Les patrons, et même jusqu’au directeur des services publics aux ordres, posaient un veto total et souvent irréversible. Alors le licencié, sans diplôme et sans plus d’avenir prolétaire, ouvrait un estaminet. Et c’était le rendez-vous de tous les syndicalistes, de tous les « espéreurs » de grand soir, de tous ceux qui pensaient révolution.

    Estaminet, lieu de mémoire. Les combats de coqs sont interdits et la fumée du tabac n'est plus écologiquement correcte. Mais si vous cherchez bien quelque part le long de la frontière ou le long d'un canal, vous découvrirez peut-être l'un des derniers. Et vous comprendrez alors les lieux de la convivialité vraie. De la convivialité de classe. Car l’estaminet était (est encore, chut...) ce que le pub est à l’Irlande. Un espace de liberté et d'espoir.

    Un certain renouveau

    Les « vrais » estaminets ont presque tous disparu. S'il en demeure quelques-uns en Flandre, c'est surtout en ville qu'on les a redécouverts. Lille réapprend les tables à touche-touche, les univers confinés et les murs couverts de vieilleries. Si ce n'est que là, les vieilleries proviennent de la brocante ou de chez l'antiquaire et non plus du grenier de grand-mère.
    Ainsi voit-on éclore, au cœur du Vieux-Lille et même ailleurs, quelques établissements qui cherchent dans cette direction. Les plats sont servis comme le vin, chauds, et, même si les prix ne sont pas d’avant-guerre, ils ne sont pas encore de la suivante. Alors, filez-y vite !

    Géants

    Les origines

    Ils sont apparus durant l'occupation dite espagnole, lorsque Charles Quint récupéra une partie de la Picardie, de l’Artois et du Hainaut qu’il considérait appartenir à sa famille.
    Il est possible que les Espagnols aient importé la tradition de fabrication des géants portés en osier qu'on trouvait déjà en Espagne.

    À la différence de nombre de mannequins, les géants ne sont pas brûlés mais font l'objet d'une profonde vénération populaire. Si le beffroi symbolise la puissance des communes, le géant représente en effet l'âme du peuple, joyeux.

    Il en naît de nouveaux chaque année, qui représentent un héros local, un animal fabuleux, un fondateur de la cité ou un métier caractéristique : marin-pêcheur, mineur, dentellière, gouailleur de talent, métallo...

    Fêtes traditionnelles

    Carnavals

    On pense que ces fêtes médiévales sont à l’origine des carnavals du Nord d’aujourd’hui. Quelques indices : on jette toujours quelque chose à la foule déguisée ; on porte toujours quelque chose en procession. Aujourd’hui, dans les villes du Nord, le carnaval est devenu incontournable.

    On dira quand même en trois mots celui de Dunkerque... C’est génial !

    Ça se passe là-bas dans les temps d'avant carême, au temps où les terres et le mardi sont gras, au temps du droit à la viande, de l'aval à la carne (d'où « carnaval »). Ça dure une semaine. Et commence le folklore. Et commencent les musiques, les chants.

    Imaginez des kyrielles de masques. Une armée de clowns, de ramoneurs, de Peaux-Rouges habillés souvent n’importe comment avec n’importe quoi.

    Une mer avec des vagues, qui hurle ses chants et sa joie et sa liberté. Manif’ festive qui ne revendique que le fait d’être là dans la provocation hilare. Un bordel intégral, enchanteur, un peu craignos et contagieux. Et partout la musique et le répertoire populaire sortant de mille gorges.
    Et voilà que, depuis le balcon de l’hôtel de ville, le maire lance ses gendarmes sur la foule (rassurez-vous, aucune répression). Et quand, le soir, les carnavaleux entonnent l’hymne à Jean Bart, on a la chair de poule. C’est la canonisation vox populi du plus célèbre Dunkerquois. Il faut voir ça au moins une fois dans sa vie.

    Et partout dans le Nord, par ces temps de fête, sortent les géants. Ce sont des personnages de carton-pâte, peints dans des couleurs vives où dominent le plus souvent le rouge feu et les jaunes allumés, et armés d’une structure d’osier.

    Ducasses

    La ducasse, c'est la fête patronale du bourg ou du quartier dans le Nord - Pas-de-Calais. Ducasse, contraction du mot dédicace (on dédicace ce jour au saint de la paroisse). Cet événement est un peu laïcisé aujourd'hui. La ducasse du Nord, c'est la kermesse flamande, c'est le pardon breton. C’est un air d’accordéon entre les baraques foraines. C’est le bal populaire, le tour de carrousel et la cuite des célibataires.

     


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